La seconde ne sera pas moins célèbre, Hend Allam, la grande speakerine de la Radio du Caire.



Mohamed Faouzi, de son vrai nom Mohamed Faouzi Habbs El Hou, est né le 28 août 1918 à «Kafr Skarouss» dans la région de Tanta. Son père Cheikh Habss Abdelaâl  El Hou aimait le beau chant et il n’était par conséquent guère étonnant de le voir donner naissance à d’aussi jolies voix.
Il a dû rompre ses études au lycée de Tanta en raison de sa passion pour le chant. Il pratiquait le football au lycée et, après chaque rencontre, il ne manquait pas de chanter devant ses coéquipiers des morceaux d’Oum Kalthoum ou de Mohamed Abdelwaheb.
Au jardin «El Montazah el jédid», il lui arrivait de reprendre, à la demande des visiteurs habituels, une chanson en vogue d’Oum Kalthoum Yama amar el fourak.
Mohamed Faouzi finit par tenir des concerts publics, dont il ne gagnait rien, toute la recette allait aux organisateurs, deux joueurs de luth, Abdelhamid Essaghir et Ahmed Taoufik Salah. Ils lui apprirent à jouer du luth. Mais l’élégance et le charme que dégageait Mohamed Faouzi allaient lui attirer la sympathie des jeunes filles du quartier où il habitait. Malheureusement, malgré son amour pour le beau chant, le père de Mohamed Faouzi n’aimait pas trop que son enfant numéro 21 se consacre à cette passion, considérant que la musique ne pouvait guère servir de métier. Ainsi, détruisait-il rageusement chaque luth que Mohamed Faouzi achetait.
Seule sa mère le défendait bec et ongles, l’encourageant secrètement à persévérer dans la voie des arts et du chant.

Heureuse coïncidence !

En ce temps-là, quelques musiciens de renom visitaient régulièrement Tanta. Ils purent ainsi apprécier cette belle et suave voix prometteuse.
Le grand joueur de cythare Mustapha El Akkad, membre de l’Institut de musique arabe, le prit sous son aile, l’encourageant à aller suivre des cours à l’Institut au Caire.
En 1938, il rejoignit l’institut et renforça la troupe de Mustapha El Akkad.

Chez Badiaâ Msabni

Badiaâ Msabni demanda ainsi à l’écouter et finit par l’engager au sein de sa troupe qui se produisait sur la scène du théâtre Majestic à l’avenue Imeddine.
La troupe de Badiaâ Msabni est célèbre pour avoir fait connaître de grands noms de la musique tels que Férid Latrache, Samia Gamel, Mahmoud Chérif, Ibrahim Hamouda.
Mohamed Faouzi chanta ainsi des compositions de trois membres de cette troupe: Férid Ghosn, Izzet El Jahili et Mahmoud Chérif. Il percevait un salaire de onze livres.

Le drame de Juliette

Juliette, l’une des jeunes danseuses de la troupe de Badiaâ Msabni, a été la première femme à envahir le cœur tendre de cet enfant de la campagne. Il démissionnera de la troupe pour suivre sa dulcinée, évincée par Badiaâ qui avait peur de voir le jeune chanteur perdre le fil de sa prometteuse carrière.
Notre bonhomme allait passer à autre chose : il devint compositeur de monologues et de chansons pour des émissions d’exhibition.
Fatma Rochdy, la grande artiste, survint tel un ouragan dans l’existence de Mohamed Faouzi. Fatma Rochdy tenait alors avec Aziz Aïd une troupe théâtrale et elle lui confia le soin de composer quelques chansons légères qu’elle prenait soin d’interpréter dans ses pièces les plus célèbres : Salomé et Masraou Cléopâtre (la mort de Cléopâtre).
Sa première dulcinée, la jeune Juliette, mit malheureusement fin à ses jours, désespérée de voir Fatma Rochdy rentrer dans la vie de Mohamed Faouzi.

La chance

En 1944, après l’échec de ses premières expériences théâtrales, une chance inouïe se présenta devant Mohamed Faouzi, le doyen du théâtre et du cinéma arabe Youssef Wahbi cherchait une vedette chanteur pour les besoins du film qu’il réalisait  Seïf El Jalled  (L’épée du bourreau). Il n’allait pas laisser passer ce clin d’œil du ciel.
De suite, sa cote grimpa et «Studio Misr» lui confiera le premier rôle dans le long métrage  Ashab essaâda  aux côtés de la grande vedette de la chanson Ragaa Abdou en 1946 puis dans le film  Magd wa doumou (Gloire et larmes) avec Nour El Houda  et sera tout à la fois acteur, chanteur et compositeur…
Ses compositions feront le tour du monde arabe grâce   à l’interprétation de Leïla Mourad dans le film  El Madhi el majhoul (Le passé inconnu).

Une expérience
malheureuse

En 1946, il était suffisamment riche pour fonder une société cinématographique portant son nom. Il produisit ainsi  El akl fi igaza  dans lequel il joua aux côtés de Leïla Fawzi et Chadia puis  Kabilni ya abi avec  Nour El Houda (1948), etc.
En 1950, arriva «l’apocalypse». Les films en couleur  arrivèrent et Mohamed Faouzi voulut s’y mettre.  El hob fi khatar  et Nihayet kissa seront autant de gouffres financiers en raison de la qualité des copies en couleur  envoyées en Belgique pour les besoins du mixage. Ses pertes dans cette malheureuse expérience seront évaluées à 50.000 livres…
Mohamed Faouzi se fit connaître dans le créneau des comédies musicales, d’où les films réalisés par Helmy Rafla, le spécialiste de ce genre.
En douze ans, il accumule une fortune de 175.000 livres. Mais la villa qu’il fit construire lui coûte une fortune (30.000 livres).  Il présidera l’Union des paroliers et des compositeurs. Mais Mohamed Faouzi va passer pour être un «Casanova du Nil», sortant chaque jour avec une nouvelle conquête à bord de sa luxueuse voiture qui lui coûta 3.000 livres et qui attirait les regards des passants dans les avenues du Caire.
Tout en étant marié, il vivra une idylle avec l’actrice Médiha Yousri qu’il finira par épouser.
La notoriété de cet artiste éclectique, bohémien et amoureux de la vie et des femmes sera telle qu’il occupera le quatrième rang au hit-parade des chansons les plus aimées du public égyptien.
Les résultats de ce sondage ont donné les résultats suivants :
1er-  Mohamed Abdelwaheb (6.094 voix)
2- Férid Latrache (5.722 voix)
3- Abdelhalim Hafez (5.340 voix)
4- Mohamed Faouzi (3.472 voix)
5- Abdelaziz Mahmoud (2.657 voix)
L’histoire du monde arabe retient au crédit de Mohamed Faouzi  le fait d’avoir composé l’hymne national de l’Algérie, juste après l’indépendance, sur des paroles du grand poète algérien Moufdi Zakaria.
Tahar MELLIGI

Source: La Presse