La clé de la réussite réside, essentiellement, dans les préparatifs amorcés en amont…
  Dans cet ordre d’idées, il est fort probable que le Centre sectoriel de formation en travaux publics de Mornaguia prendra une part active pour mener à bon port ces projets, en s’adjugeant un rôle de pépinière comportant une main d’œuvre compétente et spécialisée.
Reportage …
Le centre, sis à la Mornaguia au milieu d’un écrin de verdure admirable, est en train de dispenser une formation au profit de 1.045 apprenants. Il y en a sûrement qui empruntent quotidiennement ce même sentier pour venir apprendre et prendre, par là même, un raccourci pour le monde du travail. Le centre propose un large éventail de spécialités en métiers du bâtiment. Des modules qu’on dirait à la carte incluant, entre autres, la conduite d’engins de chantier, le génie civil, la maintenance des engins et la topographie. Ici, la formation est dispensée à titre gracieux. La gratuité concerne également la restauration et, dans certains cas, l’hébergement. 
  Particularité du centre; on y  parle  plusieurs langues! Pas au point de le qualifier d’une tour de Babel, mais il abrite tout de même huit nationalités : les apprenants viennent d’Algérie, du Maroc, du Yémen, du Congo, du Mali, de la Côte d’Ivoire, du Burkina-Faso et de la Tunisie.
  Dans un terrain en friche de 35 hectares réservés à la besogne, une dizaine d’élèves observent, scrupuleusement, un des leurs maniant encore maladroitement une grue. Le formateur en profite pour annoncer solennellement que c’est exactement «ce qu’il ne faut pas faire» ! Juste à une vingtaine de mètres, M.Omar Bouhlila, directeur du centre nous attend dans son bureau pour parler bâtiment.
  Il indique d’emblée : «En l’espace de 8 ans, l’effectif des apprenants est passé de 126 à 1.045. J’espérais, toutefois, que le centre affiche complet, sachant que sa capacité d’accueil est de 1.200. Il faut noter que certaines spécialités sont boudées, comme c’est le cas pour la formation de chef de chantier. Par contre, les  spécialités à forte employabilité sont saturées». Et d’ajouter: «La tendance du centre s’oriente, à l’heure actuelle, vers une réduction au maximum du temps de la formation, ainsi qu’à davantage d’intérêt pour la spécialisation».   
  M. Bouhlila a évoqué également une visite d’une délégation tunisienne à Dubaï : «C’était une visite de prospection ayant pour objectif de prendre connaissance des expériences dans ce pays, Dubaï ayant acquis une grande réputation dans le domaine. De fait, les méga-projets qui verront bientôt le jour en Tunisie, exigent un certain seuil de compétence. Plus de place alors à la polyvalence, les temps sont à la spécialisation. Dans le rapport découlant de cette visite, récemment présenté au ministère concerné, nous avons constaté la nécessité de dispenser une formation dans notamment  trois spécialités qui sont pour le moment inexistantes en Tunisie, à savoir : ingénieur en topographie, technicien supérieur dans les laboratoires et finalement, technicien supérieur en ascenseurs».
  Retour à l’extérieur, du côté des ateliers d’apprentissage cette fois-ci. Là où les manches sont retroussées et les têtes sont déjà songeuses à un diplôme à la valeur d’un passeport pour la vie active.
  Dans l’atelier hydraulique, M. Ezzeddine Bouchabbat, le formateur, propose à ses protégés une récréation, histoire de se «dégourdir» l’esprit, le temps de converser de la situation d’un centre qu’il a intégré dès ses débuts, depuis les années 80. Le formateur paraît enthousiaste quand il nous confie la présence «d’un projet d’extension de deux étages pour le foyer d’hébergement des apprenants». Une verve soudainement refoulée lorsqu’il évoque cette fois-ci, certaines lacunes qui ralentissent le rythme de fonctionnement  du centre.  Il pointe du doigt «une certaine lourdeur administrative  pour ce qui est de l’acquisition du matériel».
  Belgacem Baâzaoui, formateur en mécanique industriel qui surgit de derrière des bulldozers minutieusement alignés, ne manque pas d’apporter ses constatations à lui: «Une partie du matériel est vétuste, certaines grues datent de 20 ans, ce qui ne manque pas de se répercuter sur le déroulement de l’apprentissage dans les ateliers du centre».
  Un centre d’une telle envergure mérite tous les égards. Lui attribuer les moyens d’un fonctionnement optimal, ne ferait qu’exalter son rayonnement. Les retombées bénéficieront, par ricochet, à un secteur, qui, lorsqu’il va bien, le reste va bien. A bon entendeur…

Mehdi BEN REJEB

Source: La Presse