Le Groupement est présidé par M. Karim Daoud, qui est aussi président du Salon international du machinisme, de l’agriculture et de la pêche. Mais ce dernier travaille avec la collaboration précieuse de la dynamique vice-présidente dudit Groupement, Amina Najar Baccouri, qui est exploitante à Mateur et elle-même, bien sûr, éleveur de Tarentaises.
  Dans la ferme qu’elle exploite, et où elle nous accueille, le bétail est réparti à travers plusieurs espaces séparés. Il y a les jeunes taureaux, les vaches, les génisses bientôt prêtes à être inséminées, les veaux…
«Les jeunes taureaux, explique l’exploitante, seront vendus à l’Office de l’élevage à un prix qui est supérieur à celui du marché… Vous voyez, le mâle tarentais n’est pas agressif, il est docile : c’est encore une de ses qualités appréciables !»
 Créé en 2005, le groupement rassemble des éleveurs convaincus que la race tarentaise est sans doute la race la plus adaptée à la fois à notre climat et à nos conditions d’élevage. Mais convaincus aussi qu’il est impératif de préserver les performances de cette race à travers notamment un effort de sélection rigoureuse des géniteurs et une préservation de la pureté de la race. Car, depuis son introduction dans les années 70, la Tarentaise a subi des croisements malencontreux qui ont érodé ses performances de race mixte.
  En réalité, cette structuration professionnelle autour de l’élevage de la race tarentaise et les démarches qui en ont résulté en matière de promotion de ses qualités s’inscrivent, désormais, dans le cadre d’un projet de coopération tuniso-française.
  Les Français, qui ont mis au point la race tarentaise, ont déjà eu une expérience de coopération avec un pays du sud de la Méditerranée. En effet, en 1995, l’Union coopérative des élevages Alpes-Rhônes (UCEAR) a engagé un programme de coopération avec l’Egypte pour l’amélioration de la race bovine. Il s’agissait alors d’obtenir un croisement entre une race locale, Baladi et, d’un autre côté, la Tarentaise et une autre race d’origine française, Abondance. Ce programme a, surtout, permis d’améliorer la fertilité ainsi que la production laitière des vaches égyptiennes.
  L’expérience tunisienne est différente. Elle s’appuie sur une connaissance déjà relativement ancienne de la race tarentaise et, également, sur le fait que des éleveurs de chez nous ont importé, au début des années 90, une centaine de génisses en s’engageant alors à respecter dans leur méthode d’élevage un cahier des charges exigeant.
  En outre, un premier projet de coopération avait été engagé entre 1994 et 1997 qui prévoyait l’introduction de semences testées, de génisses pleines et d’un appui technique et cela a conforté l’expérience acquise.
  C’est cette base de savoir-faire qui a motivé le choix du type de partenariat engagé. Et c’est à l’occasion de la visite, en décembre dernier, du ministre français de l’Agriculture et de la Pêche, Dominique Bussereau, que l’accord a été signé jetant les bases d’un travail en commun et visant, entre autres objectifs, à «développer une base complémentaire de sélection de la race tarentaise sur la rive sud de la Méditerranée (…) et à diffuser des reproducteurs de cette race dans les pays voisins.»
  Le «Programme de développement de la race tarentaise en Tunisie», du nom du projet de coopération mis en chantier et qui s’étalera sur une durée de cinq ans, comporte également cinq composantes. La première concerne la diffusion de l’insémination artificielle et prévoit un certain nombre d’activités, comme cette campagne de sensibilisation auprès des inséminateurs à laquelle il a été fait allusion précédemment : celle-ci a eu lieu dès février dernier dans 9 gouvernorats du nord du pays et a impliqué, outre le Groupement des éleveurs de Tarentaises, l’Office de l’élevage, l’Office de développement sylvo-pastoral du Nord-Ouest (Odesypano), les Crda et le partenaire français, l’UCEAR.
  La deuxième composante est relative, elle, à la valorisation de la race en termes à la fois d’engraissement et de production laitière, et ce, en particulier à travers la création «d’ateliers spécialisés». Une troisième composante porte sur le développement d’une base de sélection de la race avec, pour objectif, un millier de vaches en 10 ans et plus de 5000 en 20 ans. Une quatrième concerne l’appui, d’abord, à cette nouvelle structure professionnelle qu’est le Gert et qui est le maître d’œuvre côté tunisien et, ensuite, aux éleveurs.
  Enfin, une cinquième composante est relative à «la création d’une ou de plusieurs pépinières de génisses de race tarentaise en Tunisie».
Raouf SEDDIK

Source: La Presse