Elle est, par ailleurs, membre du bureau directeur de l’Association tunisienne des sciences de la nutrition. Ecoutons-la



A partir de quel moment, peut-on dire que quelqu’un est obèse?

L’obésité se définit par une augmentation de graisse dans le corps appelée masse grasse. La norme veut que le corps d’une femme, par exemple, renferme 20 à 27% de son poids en graisse, soit 15-20 kg et qu’un corps d’homme renferme 15-20% de son poids en graisse, soit 12 à15 kg. Toute élévation de ces valeurs mène au surpoids et à l’obésité. Différentes méthodes peuvent évaluer le surpoids et l’obésité. Mais la plus communément utilisée, aujourd’hui, est le calcul de l’indice de masse corporelle ou IMC. C’est un indice établi à partir de la taille et du poids de l’intéressé, selon la formule suivante :

 

IMC = Poids (kg)/taille (m2)

 

Selon le résultat, on définit la catégorie de la façon suivante:

Inférieur à 18: trop maigre

Entre 18-25: poids normal, voire idéal

Entre 25-30: surpoids ou obésité légère

Au-delà de 30: obésité proprement dite. Les valeurs au-dessus de 35 désignent l’obésité massive et morbide.

Prenons un exemple: une personne de 1,85m pesant 90kg: 90/1,852 = 26,2 kg/m2

Cette personne est considérée dans le surpoids ou l’obésité légère. Si cette même personne de 1,852 pèse 105kg par exemple : 105/1,852= 30,8 kg/ m2, elle est considérée dans l’obésité proprement dite.

 

Quelle est la conduite nutritionnelle à tenir devant l’obésité?

Si vous décidez de perdre du poids (masse grasse notamment), il faut savoir que vous allez faire des efforts et il convient de procéder par étape: il faut définir le nombre de kilos à perdre, quand et comment les perdre, quelle méthode utiliser et à quelle vitesse.

L’idéal serait de consulter un nutritionniste ou un service spécialisé en la matière.

Il est souvent conseillé aussi de commencer un programme de perte de poids quand on a les conditions nécessaires pour le réussir, surtout avoir la volonté pour le réaliser et la stabilité psychologique pour l’entretenir.

Souvent, plusieurs personnes sont pressées pour perdre l’excès pondéral stocké pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Perdre en quelques semaines l’excès de poids de quelques années est une vraie agression pour l’organisme, sauf si le régime reste équilibré et l’activité physique appropriée. Toutefois, la rapidité de l’amaigrissement n’est justifiée que par un problème de santé (arthrose douloureuse, intervention chirurgicale, maladie métabolique liée au poids…) De plus, certaines personnes parviennent à perdre du poids plus vite que d’autres (les jeunes gens et les hommes plutôt que les femmes). La perte de poids n’est jamais constante. Il est même possible de reprendre du poids ou de stagner pendant quelques semaines: c’est ce qu’on appelle passer par un palier. Ceci s’explique par la résistance de l’organisme.

Contrairement à ce que peuvent penser certaines personnes, pour maigrir, il faut bien manger. En effet, une restriction alimentaire trop violente peut facilement démotiver et arrêter le programme. En revanche, en s’alimentant suffisamment, on perd du poids sans sensation de faim. Il faut que le programme soit souple, évolutif et adapté à votre vie active. Ceci suppose que vous allez prendre trois repas par jour, un petit déjeuner, un déjeuner (un vrai) et un dîner. Et d’essayer au maximum de ne pas sauter de repas et d’éviter le grignotage.

La sagesse diététique veut que quand on veut perdre du poids:

- on doit diminuer les aliments et les préparations trop énergétiques (graisses, huiles, fritures, sucreries…);

- on apporte à chaque ration une protéine (naturelle) : œuf, poisson, poulet, viande, lait;

- on augmente la consommation d’aliments à densité énergétique faible et riches en fibres, tels que: les légumes, les fruits, les féculents, les légumineuses;

- on s’efforce de boire suffisamment d’eau et d’autres boissons naturelles, telles que les tisanes, le thé vert nature… (les boissons sucrées n’ont pas de place dans un programme de perte de poids).

 

Que pensez-vous de tous ces régimes à la mode?

Tous les régimes font maigrir mais ne se valent pas. A vrai dire, les obèses essayent tous, ou ont essayé un peu, tous les régimes. Certains ont un recul mais répètent les mêmes erreurs. Pour perdre du poids, il faut se fixer des objectifs et, en fonction d’un objectif pondéral, on choisit la méthode qui nous convient le plus. Mais quel que soit le choix, deux éléments sont primordiaux pour réussir son programme:

- une nouvelle façon de manger

- une vie physiquement active ou plus active.

On part du principe que l’obésité est une maladie chronique comme l’hypertension artérielle ou le diabète. Un traitement de 15 jours ou d’un mois, comme cela est le cas pour certaines méthodes, ne peut jamais réussir. De nombreux régimes échouent parce qu’ils ont une durée de vie limitée par rapport à un problème chronique qu’est l’obésité. Ils échouent aussi parce qu’ils ne s’attaquent pas au vrai problème qu’est la graisse. Ils vont surtout vous faire perdre de l’eau (comme par exemple les diètes protéinées strictes). L’inconvénient de certains autres régimes, c’est qu’ils changent radicalement les habitudes alimentaires (substituts de repas), d’autres sont même très dangereux comme celui de Scarsdale ou d’Atkins (problèmes cardiaques). Certains autres ne permettent pas d’apprendre à mieux manger et ne modifient pas les comportements alimentaires : c’est le cas des régimes chrono-biologiques. Et quand le régime est fini, une reprise de poids est souvent inévitable.

A tous ceux et celles qui se sentent concernés, prenez votre temps. Il ne s’agit pas de maigrir vite mais de changer ses habitudes, de se stabiliser, de pratiquer régulièrement une activité qui vous plait.

 Propos recueillis par Foued ALLANI

Source: La Presse