Conscientes de ce fait, les directrices de crèche qui constituent, aujourd’hui, l’une des gardes d’enfants les plus pratiquées par les parents et qui accueillent des enfants âgés de un mois à trois ans mettent un point d’honneur à bien aménager différents espaces et à mettre en place des programmes permettant de s’adapter au développement de l’enfant.

Dans une crèche de l’Ariana, tout a été étudié dans les moindres détails pour permettre une prise en charge adéquate de cette tranche d’âge connue pour ses besoins spécifiques. Les salles agréables aux murs peints avec des couleurs gaies et décorés de peintures d’enfants ont été subdivisés en plusieurs espaces

Eclairé et égayé par de jolies peintures, affiches et jouets accrochés aux murs, l’espace a été subdivisé en plusieurs coins, consacrés chacun à différents types d’activités: jeux d’expression, jeux d’éveil, jeux de psychomotricité…Dans ce sens, la directrice a établi un programme détaillé pour chaque tranche d’âge. Le matin, une animatrice chante des comptines pour les enfants de trois ans destinées avec des mots simples à nommer et à mémoriser les choses et les objets qui les entourent et qui constituent leur environnement.

«A cet âge, il commence à prendre conscience des différentes parties de son corps, il se découvre progressivement et découvre son environnement. Pour cette raison, nous programmons ce qu’on appelle des activités d’éveil et d’expression pour aller à la découverte de cet environnement». Après avoir visionné des dessins animés et pris une petite collation, les enfants jouent, assis sur des matelas de housse à même le sol pour ne pas tomber, avec des poupées en tissu et en chiffon.

Dans un autre coin, ils peuvent déjà commencer à se familiariser avec des livres de petit format rangés dans une petite bibliothèque et conçus pour éveiller leur curiosité. L’après-midi, place aux activités d’éveil et de psycho-motricité. L’enfant part à la découverte de son corps et de son environnement tout en apprenant à se situer dans l’espace. Des jeux ont été conçus spécialement pour cela à l’instar de cerceaux dans lesquels les enfants peuvent se glisser, de toboggans équipés d’un petit échelon que les enfants peuvent escalader pour se laisser par la suite glisser des balançoires.

La directrice organise, également, de petites sorties pour visiter des musées ou aller dans des espaces verts où les enfants peuvent découvrir différents types d’arbustes, de plantes pour en ramener des spécimens et mettre dessus des noms simples. «La petite enfance correspond à une phase cruciale où l’enfant se découvre, découvre les formes, les couleurs, bref son environnement en général. Il commence à faire la différence entre sa main gauche et sa main droite, à se repérer dans l’espace, à comprendre les notions de dessus, dessous, en bas, en haut. C’est pour cette raison qu’il est essentiel de sensibiliser les parents à la nécessité de bien choisir où garder son enfant.

En effet, à cet âge les besoins de l’enfant ne se limitent pas à la sécurité, à l’affection, à la nourriture et à être propre. Outre ces besoins auxquels il faut correctement et obligatoirement répondre, il faut également accompagner l’enfant dans son éveil psychomoteur», observe la directrice de la crèche

 

Animatrices : une formation encore à parfaire

 

Idem dans une crèche de la capitale. Installé dans un immeuble et remarquablement bien aménagé, l’établissement accueille des enfants âgés de trois mois à trois ans pris en charge par deux éducatrices. A l’instar de l’autre crèche, des espaces ont été aménagés, où les petits peuvent jouer à la poupée, à la dînette, à la pâte à modeler outre la possibilité de s’adonner au dessin et à la peinture.

Pour les activités destinées à aider l’enfant à se repérer dans l’espace, un petit toboggan et une balançoire ont été installés dans une pièce. Toutefois, si ces crèches sont bien aménagées et répondent, généralement, aux critères de sécurité et d’hygiène, tout en présentant des services adaptés aux besoins des enfants appartenant à cette tranche d’âge, les éducatrices qui les encadrent ne disposent pas, souvent, de la formation appropriée. «Dès les premiers mois qui suivent la naissance, l’enfant entre dans une phase de développement psycho-moteur qui se poursuit pendant les premières années de sa vie.

Pendant cette période, l’enfant éprouve, non seulement le besoin d’être aimé, sécurisé et de se sentir propre, mais également il s’ouvre à son environnement et éprouve, par conséquent, le besoin de communiquer, besoin obligatoire pour son inclusion sociale. Par conséquent, il doit être soumis à différents stimuli pour permettre un bon développement cognitif, condition sine qua non à la construction de sa personnalité qui pourra alors se faire sur de bonnes bases.

D’ailleurs, on parle de projet éducatif. C’est pour cette raison que les éducatrices, qui sont en charge de ces enfants dans les crèches, doivent suivre une formation spécialisée car elles doivent être conscientes du rôle important qu’elles jouent dans le développement cognitif de l’enfant», a affirmé Mme Sayda Hached, enseignante de psychologie à l’Institut supérieur des sciences humaines de Tunis.

En effet, pour se développer, l’enfant, pendant la prime enfance, doit être soumis à différents types de stimulations: stimuli langagier, sensoriel, visuel…provenant de son environnement extérieur. C’est dans cet ordre que le chant de comptines ainsi que certains jeux conçus spécialement pour cette tranche d’âge permettent un bon développement cognitif et en ayant suivi une formation spécialisée, l’éducatrice saura alors exactement quel jeu utiliser et quel comptine chanter pour favoriser l’éveil psycho-moteur de l’enfant.

 

Une stratégie pour la promotion du secteur

 

Le ministère a, d’ailleurs, mis en place l’année dernière une stratégie afin de promouvoir le secteur de la garde des enfants. Basée sur des programmes d’intervention qui prennent en considération les besoins spécifiques des enfants, ainsi que ceux de leurs parents et des prestataires de services dans ce secteur, cette dernière, qui a été élaborée par une commission multidisciplinaire au niveau du ministère, comporte un volet important consacré à la formation des éducatrices des crèches. «Vu les spécificités liées à cet âge, à savoir celui compris entre un mois et trois ans, nous avons introduit cette année un nouveau module à l’Institut supérieur des cadres pédagogiques de Carthage Dermech pour les personnes ayant le niveau du bac et plus. Pour celles qui n’ont pas le niveau du baccalauréat, elles suivent une formation spécialisée qui leur permet d’obtenir le certificat d’aptitude professionnelle.. Dorénavant, toute personne désirant travailler comme éducatrice ou animatrice dans une crèche devra, obligatoirement, suivre l’une de ces formations. C’est une condition posée dans le nouveau cahier des charges», relève Noura Hajjam, directrice des crèches. Soixante-quatorze professionnels actuellement en exercice et prenant en charge les enfants de moins de trois ans (des directrices de crèches ainsi que des animatrices) ont déjà pu suivre un programme d’habilitation pendant l’année en cours. Le programme de la formation a inclus plusieurs composantes dont l’accueil des parents et de l’enfant, l’observation de l’enfant, l’apprentissage des règles d’hygiène corporelle, l’apprentissage des règles de la vie en collectivité, la contribution à l’acquisition des fonctions sensorielles et motrices nécessaires au développement affectif et intellectuel de l’enfant….

La formation a comporté, également, un volet théorique essentiel consacré à l’étude des besoins de l’enfant à savoir: le développement psychomoteur de l’enfant, durant les trois premières années, les besoins physiologiques de l’enfant à cet âge, la détection et la conduite à tenir devant les principaux signes d’alerte, les principaux accidents de la vie quotidienne, l’aménagement du temps et de l’espace par tranche d’âge…

 

Un contrôle strict

 

Afin de veiller au bon déroulement de cette stratégie, des inspecteurs et des inspectrices du ministère rendent visite régulièrement à ces établissements pour détecter les défaillances et d’en aviser les prestataires de service qui doivent obligatoirement y remédier.

«A la fin de l’année, nous présentons un rapport détaillé sur l’état des lieux, à savoir l’infrastructure, l’aménagement, la pédagogie, les mesures de sécurité et d’hygiène dans ces crèches, souligne Mme Sithom Fatma, inspectrice du district de Nabeul-Zaghouan. Nous effectuons des visites où à chaque fois nous étudions un volet: l’hygiène, la pédagogie, l’aménagementSi nous observons des lacunes, nous en avisons le directeur ou la directrice de la crèche qui doit obligatoirement y remédier sinon, si au cours des prochaines visites nous observons les mêmes défaillances, nous sommes alors obligés de fermer l’établissement». D’ailleurs, ces professionnels peuvent, s’ils le désirent, suivre une formation qui pourra les aider à améliorer leurs services.

 

Imen HAOUARI

Source: La Presse