En regardant cette cascade de personnages, on croit relire les fables de La Fontaine. Ici, la narration scénique de Lamine nous révèle l’hypocrite passe-partout, le responsable ignorant et mal placé, la voix de la femme toujours suivie, alors qu’elle est mal «jugée ou incomprise», etc. Dans tout cela, le comédien prône une meilleure reconnaissance des pionniers de la littérature et des auteurs qui ont participé à l’enrichissement culturel, criant de toutes ses forces contre la marginalisation des intellectuels, piliers du développement et de l’intelligence civique et sociale.

Un petit sacrifice… pour un bonheur valorisant

Ainsi, à travers ses escapades loufoques, Lamine Nahdi tente de bannir l’égoïsme ou la bassesse d’un certain comportement,  tels les entretiens «sous la table» ou des pistons. En somme, un retour aux sources, en référence à Abou Kacem Chebbi.
Autrement dit, un appel à revisiter plus amplement notre culture et notre patrimoine que d’aucuns ignorent. Sauf que cette belle comédie enrichissante nécessite du comédien un petit sacrifice en révisant ses comptes et en consentant une réduction sur le prix des billets, pour toucher les zones les plus reculées en leur offrant ce petit bonheur qui leur ferait tant de bien, surtout après avoir déplumé moult fois son sardouk sur les différentes planches nationales et internationales, sans jamais, faut-il le dire, lasser. En revanche, le public n’en est jamais assouvi, naviguant encore et encore dans le contenant humoristique et loufoque de ce «one man show» de bonne facture. Sinon comment peut-on expliquer la grande affluence de ce soir-là au théâtre romain de Carthage ?
Une seule réponse peut être permise, c’est que cet homme de théâtre est toujours neuf sans être bizarre, souvent sublime et toujours naturel, il connaît le cœur humain et comment il fonctionne, maîtrisant parfaitement sa langue comme un tireur à l’arc visant sa cible.
C’est pourquoi ceux de l’amicale des anciens de l’IPSI, des hommes de réflexion et de médias,  qui ont organisé ce spectacle, sont appelés à renouveler cette initiative dans d’autres contrées pour ce genre de prestation. Parce que notre génie de la scène, Lamine Nahdi, est l’un des rares en Tunisie qui possède les ingrédients pour faire passer son message, restaurer ou faire évoluer une certaine réflexion ou encore participer à éclaircir certaines ambiguïtés dans «notre» société, dans le rire, le faux comique.
L. AMMAR

Source: La Presse