Son corps, malgré sa petite taille, reste toujours costaud avec des biceps et des triceps qu’on ne voit pas chez le commun des mortels.

De la gymnastique au culturisme…

«Enfant, j’ai fait de la gymnastique avant que Béchir Ben Massoud, ancien boxeur, ne m’oriente vers la boxe en 1958. Jusqu’à 1960, je participais à des tournois intersalles. Cependant, j’étais chétif et je voyais dans l’autre coin de notre salle d’entraînement des culturistes se forger des bustes qui m’ont impressionné. Alors j’ai commencé à m’exercer au culturisme…», enchaîne le champion tunisien avec un air nostalgique.
En 1960, l’ancien «Monsieur Univers» (titre du champion du monde en culturisme), Steve Reeves, est venu à Tunis pour tourner son film : Le voleur de Bagdad. Raouf Masri y avait le rôle de compagnon de Reeves. Ce dernier a encouragé le jeune Tunisien à poursuivre le culturisme et lui a donné son propre programme d’alimentation. «C’était un geste qui m’a motivé davantage. Je faisais quatre heures d’entraînement par jour, sauf les samedis et dimanches au cours desquels je me reposais. J’ai pu me bâtir un corps puissant grâce à ce rythme d’exercices et à une alimentation riche en vitamines et en protéines.»

Le demi-dieu
de la pose plastique

En 1961, il entama sa carrière de culturiste à l’échelle nationale, en petite taille. Il a remporté le titre de «Monsieur Tunisie» en 1961, 63, 64, en toutes catégories de tailles, et en 1965 avant qu’il ne prenne part, en 1966, au concours «Monsieur Paris» où il s’est classé 8e. A Paris, il a eu la chance de profiter des conseils de Serge Lerusse qui faisait le tri et la prospection pour choisir les nouveaux talents du culturisme en France. «Il m’a motivé pour participer au concours de “Monsieur Côte d’Azur” que j’ai remporté en cette même année, 1966. Je me suis spécialisé dans la pose plastique qui montrait surtout la beauté des muscles». Lors de ce concours de «Monsieur Côte d’Azur», le président de la Fédération belge de culturisme, Georges Dardenne, était présent et a discuté avec le talent tunisien et lui a proposé d’intégrer l’équipe belge qui devançait, à ce moment-là, son homologue française, à l’échelle européenne. En 68, Masri a participé au concours «Monsieur Belgique» où il s’est classé deuxième. Puis, après avoir sauté la coupe d’Europe de 1970 en Suisse, faute de préparation suffisante, il s’est rendu à Liège en 1975 pour s’entraîner durant un mois avant de participer à la coupe d’Europe qui a eu lieu à Londres.
«Ce titre de coupe d’Europe est plus qu’une consécration, pour moi. C’était le fruit d’un travail continu et d’une grande souffrance», enchaîne Raouf Masri avec un air mélangé de fierté et de souffrance. C’était un titre qui a donné au Tunisien une grande notoriété en Europe et en Occident et que Masri a renforcé par le titre de vainqueur de la coupe des coupes d’Europe en 1977 à Rome.

Masri le comédien !

Après son premier film, Le voleur de Bagdad, tourné en 1960, il a interprété en 1962 le 1er rôle du court métrage d’Antonio Donie, Le voleur de Kairouan. En 1967, il a joué dans un film libanais tourné à Tunis. Puis il a joué plusieurs rôles dans des films et des séries dans lesquels il prenait des risques. «C’étaient des rôles de bagarreur ou de guerrier comme celui que j’ai joué dans le feuilleton historique Alouathek Bellah Al Hafsi. Et entre 1985 et 86, j’ai eu le premier rôle dans un court métrage réalisé pour Noureddine Jabberi, qui parlait de la vie d’un sportif : “le petit champion”. Il décrivait la vie d’un champion de culturisme avec l’hygiène de vie qu’il doit suivre et les problèmes auxquels il peut faire face», souligne le culturiste tunisien. L’homme qui a côtoyé plusieurs personnalités partout dans le monde a été décoré à plusieurs reprises en Egypte, en Libye, en France par le maire de Lille, M. Pierre Mauroy, au Liban et au Maroc. «La décoration la plus motivante de ma vie était celle de Son Excellence Monsieur le Président de la République en 2001. C’était la vraie reconnaissance des efforts que j’ai déployés dans les manifestations internationales que j’ai disputées durant ma vie sportive. Aussi, dernièrement à Las Palmas, c’était un grand moment quand l’hymne national résonna dans la salle qui a abrité les derniers Mondiaux, en la présence de plus de 1.500 personnalités et du représentant de notre ambassade à Madrid. J’ai eu le trophée du mérite sportif culturiste mondial en sa première édition, une autre reconnaissance…», enchaîne l’ancien champion culturiste international. La WABBA a décidé de lui décerner ce trophée, vu son riche palmarès et vu les relations d’amitié qui lient la Tunisie au président de la Wabba, M. Fabien Debecq.

Passer le relais…
Par ailleurs, Raouf Masri a été nommé DTN de la Fédération tunisienne de culturisme et de fitness qui a été créée tout récemment. «C’est un pas pour promouvoir le culturisme en Tunisie. Avoir une fédération nous permettra d’effectuer un travail planifié et bien étudié sur des bases scientifiques, chose qui manquait il y a 30 ans.
La Tunisie a été choisie en marge des Mondiaux de Las Palmas pour abriter l’édition de 2007 du Championnat du monde de culturisme et fitness. Celle de 1992 qui a eu lieu à Tunis était un grand succès et l’organisation de l’édition de 2007 relancera  le culturisme et donnera un coup de pouce à sa promotion.

Nizar HAJBI

Source: La Presse