Beaucoup de jeunes sont comme elle, leur but est d’avoir « plus de chances de réussite dans la vie professionnelle, même si le secteur du textile passe par une période difficile suite au démantèlement des accords multifibres », souligne un jeune homme qui est venu, lui aussi, s’inscrire et qui semble bien informé de la situation du secteur.

Malgré le contexte délicat qui caractérise le secteur du textile, avec la suppression des quotas européens devant les exportations des pays asiatiques, les centres de formation en habillement continuent de former beaucoup de jeunes dans ce domaine. M. Abdelkarim Jouini, directeur du centre, constate cependant que, depuis trois ans au moins, l’affluence des jeunes vers le centre a commencé à diminuer. Dans le même temps, trois nouveaux centres sectoriels ont été créés durant la période 2000/2001 : à Ras Tabia (Tunis), à Monastir et à La Goulette.

Un effort de sensibilisation est nécessaire

La restructuration et la création ont coûté plus de 35 MD. Cela ne veut pas dire pour autant que ces investissements ne sont pas rentables. Ils ont été consentis en tenant compte des opportunités que peut encore présenter le secteur, et sur la base d’études techniques dont une qui a été élaborée en collaboration avec la Fédération nationale du textile et le Centre technique du textile. Il y a eu aussi, en 2004, l’actualisation de l’étude faite en 1999 par le bureau d’études Gerzi.

Pour M. Jouini, « les jeunes sont informés des points faibles de la situation du textile. Mais ils ne semblent pas savoir que le secteur présente encore des opportunités importantes. C’est pour cela qu’ils ne s’intéressent guère au secteur de l’habillement et du textile. Certes, le secteur passe par une période difficile, non seulement pour la Tunisie mais pour plusieurs pays du monde, mais la situation n’est pas aussi sinistre qu’on a tendance à le penser !».

Même s’il y a des entreprises qui ferment et d’autres qui naissent dans ce secteur, les promoteurs et les chefs d’entreprise sont toujours demandeurs de main -d’œuvre. On a du mal, par exemple, à trouver des ouvriers du niveau du certificat d’aptitude professionnelle (CAP), tout simplement parce que la plupart de ceux qui obtiennent leur diplôme veulent passer au niveau suivant, en l’occurrence le brevet de technicien supérieur (BTP), puis le brevet de technicien supérieur (BTS). «Le secteur connaît une mutation, estime notre interlocuteur. On passe de la sous-traitance à la co-traitance et à la création. Le seul problème est que la réaction à cette nouvelle donne a été assez lente au niveau du système de la formation».

À titre d’exemple, l’agent de « sourcing » qui est chargé de déterminer les matières premières des nouvelles créations, ainsi que «l’agent de marketing appliqué» et «le technicien supérieur de qualité » sont très demandés aujourd’hui par des entreprises qui travaillent désormais dans le cadre d’une «plate-forme» avec des donneurs d’ordre. Les soixante agents de qualité formés ont d’ailleurs tous été recrutés. D’où la nécessité d’introduire de nouveaux modules.

Un conseil d’établissement se réunit

Le centre sectoriel de la formation en habillement de La Goulette — qui dispose de son site web — est doté d’un conseil d’établissement qui regroupe des industriels et des responsables du centre, de l’Agence tunisienne de la formation professionnelle et du Centre technique du textile. Il se réunit périodiquement pour discuter d’un certain nombre de sujets.

Lors de la réunion du 14 juillet dernier, le taux de réussite a été annoncé : il est de 86%. Ce qui veut dire que 56 apprenants ont été admis et neuf ajournés. D’après des sondages effectués, 75% des entreprises et 84 % des chefs d’entreprise sont satisfaits des prestations du centre, qui travaille selon un régime de demi-pension.

Créé en collaboration avec la profession (Fenatex) et dans le cadre du projet Manform (mise à niveau de la formation professionnelle), co-financé par l’Agence française de développement, le centre de La Goulette a nécessité un investissement total de 5,5 MD : ce qui couvre le matériel, le bâtiment et le génie civil. Sa capacité est de 320 stagiaires, mais en alternance, il peut atteindre les 650.

Des conventions ont été signées avec 160 entreprises, sur une période de trois ans renouvelables, pour que les travaux pratiques soient réalisés en leur sein : en moyenne, quatre semaines au centre et quatre semaines dans l’entreprise. Ce chiffre peut évidemment augmenter si d’autres entreprises sont intéressées. A la fin du stage, les entreprises sont en mesure d’engager certains stagiaires.

Le centre, en outre, offre des prestations payantes aux entreprises comme des analyses en laboratoire et des travaux sur ordinateur (conception et/ou dessin assisté par ordinateur).

«Le programme est conçu et mis en œuvre selon l’approche par compétence », tient à préciser notre interlocuteur qui est fier d’annoncer que le centre a préparé un plan qualité pour obtenir la certification ISO 9001 version 2000. Jumelé avec le lycée professionnel de Perpignan (France), le centre organise en fin d’année un défilé de mode pour promouvoir la production et la création des apprenants. Les deux rentrées ont lieu en septembre et en février. Les modules enseignés sont la langue, l’informatique, les travaux pratiques en atelier, la gestion, la technologie, la qualité, le modélisme…(niveaux CAP, BTP et BTS). Un système d’évaluation en continu par compétence selon des modules est institué, sachant que la durée hebdomadaire de la formation est de 38 heures. Une formation continue pour tous les niveaux et dans toutes les spécialités de la confection est également dispensée, sanctionnée par un diplôme ou par un certificat.

Chokri GH

Source: La Presse