Khélifa Chater a commencé par présenter le thème en relatant, d’abord, la définition de la culture, ensuite celle de la mondialisation. «Il faut connaître son ennemi, pour mieux le vaincre», a-t-il précisé. Il a insisté en outre sur l’importance de l’héritage culturel «dont nous sommes fiers» et sur la nécessité de le sauvegarder et le protéger tout en le développant pour qu’il puisse résister face à la puissance ravageuse de la mondialisation. «Seule une connaissance globale et approfondie de notre environnement nous permettra de fortifier cette conscience d’exister», devait-il ajouter. Refuser l’autre par peur, ou par manque d’audace, n’est pas une solution efficace pour vaincre le danger qui guette la culture arabe. «Il ne faut pas pleurer sur notre sort. Il ne faut pas non plus jeter l’éponge et accepter la fatalité de la réalité. Il faut agir mais de quelle manière?», souligne encore Chater. Comment imposer la culture arabe dans les réseaux d’informations réglées par ceux qui en ont le pouvoir et dans les réseaux économiques qui jouent toujours en faveur des pays développés? Chater propose une stratégie culturelle globale qui devra être assez solide pour faire sortir la culture arabe de sa crise.

Souleymen Askari , quant à lui, propose une profonde étude des causes de cette crise. Pour bien mener le combat, il faut cibler les accords et les divergences d’opinions. «Il faut surtout poser les vraies questions: quel avenir pour l’ancien rêve du nationalisme arabe? Qu’est-ce qui a rendu la culture arabe si stérile au niveau de la création? Fallait-il se noyer dans cette réalité sordide? Pourquoi n’avons-nous pas réussi à exploiter les médias et les nouvelles technologies de l’information pour émettre nos propres messages et pour défendre nos propres causes? Pourquoi cette négligence du produit culturel et ce penchant pour le médiocre qui est diffusé partout dans le monde et qui nous impose une image qui n’est pas la nôtre? La culture arabe n’apporte plus rien de nouveau. Le peu d’intellectuels qui existent sont devenus des ermites incapables d’instaurer un dialogue avec l’élite politique. Notre rôle se réduit à de simples consommateurs passifs d’images ».. La solution pour sortir de cette impasse? Elle est, selon notre intervenant, une ouverture intelligente sur le monde. Les intellectuels doivent prendre part à la mondialisation. L’utiliser pour atteindre leur objectif. Ils doivent maîtriser l’internet et le chat, afin de prendre part au forum de la discussion. Ils doivent dépasser les entraves politiques internes et externes….

Seule la liberté de pensée est, selon Habib Janhani, la condition principale pour un épanouissement et un assaut culturel. «Il est temps de réfléchir à une réforme totalitaire qui aiderait les pays arabes à sortir de l’oppression», déclare -t-il.

Abdalleh Toukmani, lui, a une vision plutôt tournée vers l’extérieur; il plaide pour la recherche d’une paix entre les civilisations afin d’établir une harmonie existentielle, «c’est la voie du futur», explique-t-il. La culture arabe doit profiter du nouveau monde et cohabiter avec les autres cultures. Si elle est aujourd’hui en retard par rapport à l’évolution du monde, c’est à cause de l’analyse superficielle de cette culture. «Certains se basent sur les principes du passé, les autres sur ceux du présent, mais le processus le plus efficace, n’est-il pas d’atteindre un juste équilibre entre les deux et approfondir ainsi les connaissances de la culture arabe?», s’interroge-t-il.

A la fin de cette rencontre, les universitaires ont proposé des règles de base sur lesquelles une réforme doit s’imposer. Parmi celles-ci figurent la liberté, le respect de l’autre, la conscience de la responsabilité individuelle et collective, la nécessité d’une culture de l’excellence, l’ouverture sur le monde extérieur et sur la mondialisation, l’esprit d’initiative, etc. Mabrouk El Manaï va jusqu’à nous proposer l’institution d’une industrie culturelle arabe capable de permettre une nouvelle intégration de la langue arabe dans les nouvelles technologies — une langue qui se trouve aujourd’hui en marge du développement mondial aussi bien technologique qu’économique —, ainsi que la création d’un projet culturel arabe collectif qui serait adopté et exécuté par l’Alecso.

Héla HAZGUI

Source: La Presse