Depuis votre chambre, vous pouvez embrasser des yeux l’étendue des lieux. En face, l’horizon et la mer s’enlacent au point que la ligne de démarcation semble toute pâle. Puis, sous vos yeux, l’une des quatre piscines, la plus importante, la plus animée durant toute la journée. Dès 7 heures du matin, à peine avalé le petit déjeuner, des silhouettes, hommes, femmes et enfants, se dirigent, qui vers la plage, qui vers la piscine. Les touristes ne perdent pas une minute de leur temps sans en avoir profité au maximum. Alors qu’au bord de la mer l’animation (baignade, montgolfière et petites randonnées à dos de chameau, pour l’essentiel) cesse vers 15 heures, autour de la piscine la journée s’étire et perdure jusqu’à 19 heures. Entre batifolages, bronzage, volley, ping-pong, musique, compétitions, lecture, assoupissement et diverses boissons servies à profusion et ‘‘sans compteur’’, il y a de quoi s’oublier dans le farniente et le plaisir qu’offrent l’endroit.

L’attrait des lieux

Premier constat: le Sahara Beach doit son succès à l’immensité de ses lieux et la diversité de ses produits. Construit depuis 1975 sur plusieurs hectares, il renferme cinq bâtiments de sept étages chacun (au total, 1.150 chambres, nous dit-on), cinq restaurants (dont un à la carte), une crêperie et un barbecue, quatre piscines de différentes tailles et profondeurs, les fameuses cascades d’eau qui procurent un incroyable bien-être (voir photo), deux cafés-bars (à salon et à terrasse), un important artisanat, une bijouterie de luxe, des salles de jeux (toutes sortes de billards), une discothèque, une grande salle de congrès (s’il s’en trouve), la grande terrasse d’animation nocturne (pour des spectacles variés), un débit de tabac et journaux (il va sans dire, en fait) et un bureau de réservation pour les excursions et les randonnées à dos d’âne, de dromadaire ou de cheval. Ces petites visites dans les douars (dans le sens de bourgades) sont organisées en vue de faire goûter au touriste étranger des mets traditionnels ou tout simplement propres à la région.

Bref, l’établissement est équipé de telle sorte que le visiteur n’ait point besoin de se rendre au centre-ville qui, de toute façon, est assez loin.

Autre atout et non des moindres: la proximité de l’aéroport ; en moins de trois minutes, le touriste peut débarquer dans ce Sahara qui mérite amplement son nom.

Quels touristes ?

A dire vrai, la raison de notre séjour au Sahara Beach a été inspirée par la réputation dont jouit l’Hôtel et selon laquelle le tourisme intérieur (ou local) tourne à pleins tubes. Ce n’est pas faux. Notamment durant les week-ends, les Tunisiens –particulièrement les Sfaxiens– viennent en grand nombre dans les lieux. Depuis plusieurs années, le Tunisien s’est rendu à l’évidence que son pays est beau, qu’il mérite –à tous les niveaux– le détour et le séjour. Surtout, il s’est rendu compte que les vacances, ce n’est pas nécessairement l’étranger, mais aussi – surtout – son propre pays qui reste toujours à découvrir, où il fait si bon vivre –malgré tout…

Or, à notre grande surprise, le tourisme qui bat son plein au Sahara Beach est justement étranger, de loin plus important que le local. Qui aurait dit qu’en ce début septembre, en cette saison 2011 qui n’a pas connu une véritable hauteur pour grand nombre d’hôtels (pour des raisons que tout le monde sait), le Sahara Beach, sur une bonne quarantaine d’hôtels qu’aligne Monastir, se fait fort d’atteindre un taux d’occupation frôlant les 60% ?... Les Anglais arrivent en tête, talonnés par les Hollandais et les Allemands, mais suivis bien loin par les Français et les Italiens.

D’après des informations ‘‘picorées’’ ça et là, la force du Sahara Beach réside dans ses rapports avec certaines agences de voyage européennes auxquelles est lié l’établissement. Possible. Mais il n’y a pas que cela.

Les services

Il faut rendre à César ce qui lui appartient. L’autre force de cet hôtel réside dans la qualité des services (des serveurs, surtout!) et la qualité de la cuisine. Bien que classé 3 Etoiles, le S.B. (pour faire court) propose une cuisine tous les jours renouvelée et de qualité irréprochable. Dans le Self, un restaurant immense pouvant accueillir jusqu’à 1 200 personnes (estimation personnelle) et qui ouvre et ferme à horaires fixes, les clients sont en perpétuelle ruée sur les présentoirs qui rivalisent de tentation et de succulence des mets. Cette qualité ne se dément pas ailleurs, dans les autres restaurants. D’ailleurs, les quatre autres restaurants n’ont rien à envier au cinquième qui est à la carte. Cela trahit le souci de qualité, régulièrement présent et partout.

Sauf que la force réelle (palpable, en tout cas) du S.B. est du côté des serveurs, des ouvriers et du petit personnel. En dépit d’un sourire étrange (lire notre article: «Le revers de la médaille»), ce personnel se consume, ne ménage aucun effort pour satisfaire le client, de quelque race qu’il soit. Prompt à vous servir et à exaucer des vœux et des caprices parfois bizarres de certains (c’est malheureux, mais il faut le dire)… Tunisiens, il se plie en quatre pour assurer l’impeccabilité du service. On est loin, franchement très loin de certains autres établissements où le serveur vous jauge par deux fois de bas en haut avant de grommeler on ne sait quoi entre les dents pour enfin vous servir. D’ailleurs, un tel comportement a fait couler beaucoup d’encre sur les journaux et menacé carrément le tourisme tunisien à certains moments.

La formule du Tout Compris

Il faut reconnaître que la formule du Tout Compris (le all inclusive) est une tentation en soi. Il semble même qu’elle soit devenue une règle de plus en plus généralisée un peu partout. On nous dit qu’à Sousse par exemple la plupart des hôtels la pratiquent. Sauf que certains produits (de marques étrangères, surtout) échappent évidemment à la règle et sont proposés aux prix habituels. C’est une manière, pensons-nous, d’exhorter les clients à consommer tunisien. Reste à savoir si la formule est rentable ou non pour l’hôtelier; là, il y a tout lieu de penser que son maintien en dit beaucoup sur son caractère juteux. Et de toutes les façons, au S.B. le tarif de la nuitée moyennant ladite formule est loin d’être exorbitant ou rédhibitoire, c’est même à la portée de beaucoup de bourses. Et c’est probablement la vraie raison de sa bonne réputation.

Le mystère du «51»

Magnifique structure en fer avec des pieds sous l’eau (voir photo), «Le 51» est un bar-restaurant qui vous invite à l’évasion dans le temps –particulièrement le soir– et l’espace –l’immensité de la mer. Endroit poétique et romantique par excellence, «Le 51» vous propose un spectacle d’un tout autre genre: l’arrivée massive des vagues ‘‘géantes’’ et houleuses, et leur déferlement sous vos pieds; vous assistez –pour peu que vous soyez amoureux de la mer– à une véritable rixe des vagues: elles arrivent de loin en plastronnant, très hautaines dans leur superbe, puis se croisent et se télescopent mutuellement, cependant que les plus résistantes continuent sur leur lancée (au propre) jusqu’à se briser contre les pieds du «51» et se mourir sous les vôtres. A lui seul, le spectacle peut vous retenir la soirée durant.

Or, «Le 51» est l’endroit le moins fréquenté, le plus déserté par tout le monde. En trois soirées consécutives (du vendredi 2 au dimanche 4), et en dehors du signataire du présent article, pas un seul client n’y a mis les pieds. Les raisons nous échappent, mais le constat est criard: pas la moindre animation ! Rien. D’ailleurs, il faudrait souligner cette lacune au S.B.: on ne dispatche pas les spectacles et les animations du soir qui sont concentrés, d’abord sur la grande terrasse, ensuite dans la discothèque. Mais rien pour le «51» qui semble tout morne depuis la piscine ou les étages. Il serait, peut-être, profitable de donner sa chance de vie à chaque espace en lui réservant l’animation appropriée.

Petite fausse note

Il n’est plus possible, de nos jours, de considérer l’Internet comme étant un luxe. Entrée de plain-pied dans nos habitudes et nos réflexes, cette technologie fait partie de la vie même de ses utilisateurs, ce qui a fait que la plupart des hôtels proposent ce service gratuitement. Au S.B., pour pouvoir utiliser l’Internet, il faut acheter une carte de 10 dinars. Ce n’est pas correct. Se délester de ce montant juste pour accéder à ses mails (soit trois à cinq minutes maximum), c’est un peu fort tout de même. A la limite, on pourrait facturer de l’heure, voire de la demi-heure et même du quart d’heure. Et à propos, nous n’avons pas vu un seul ordinateur dans tout l’hôtel (à moins qu’ils soient gardés jalousement à l’intérieur des bureaux).

Ce sont donc là, grosso modo, les points forts du S.B. qui reste, selon de nombreux témoignages, l’établissement hôtelier le plus visité, aussi bien par les étrangers que par les Tunisiens. Pourtant, il n’y a point de secret. Mais il y a le respect rigoureux des normes de la qualité.

(Encadré)

Le revers de la médaille

C’est un serveur dans l’un des restaurants qui s’épanche le premier: «Nous travaillons dans la peur, Monsieur. Nous risquons notre gagne-pain à n’importe quel moment pour n’importe quel prétexte; toujours cette menace de nous mettre à la porte avec un ‘‘Si t’es pas content, t’as qu’à rentrer chez toi, d’autres attendent le poste’’; et dire que beaucoup ont fait toute leur carrière ici. C’était une autre direction, humaine et très positive. Hélas!...».

Notre deuxième est une femme; dès notre premier contact, elle nous arrête: «SVP! Si seulement un responsable me voit en train de vous parler, je pourrai finir ma journée chez moi; pardonnez-moi, mais je ne peux rien vous dire…».

Manifestement, c’est un personnel effrayé, traumatisé. Nous supplions notre troisième de nous dire ce qu’il en est au juste. La même frayeur traverse ses prunelles, puis il nous chuchote: «C’est une Administration d’enfer; le poids de la hiérarchie est tel que chaque catégorie écrase la suivante». Et il s’en va, comme fuyant un séisme annoncé.

Dimanche 4, à 7 h 25 du matin, nous assistons à une altercation entre serveurs d’un café-bar pour un motif tout banal. Mais tout est clair à présent: le poids de l’Administration sur les nerfs de ses travailleurs a fait que ceux-ci, faute de pouvoir être seulement entendus et compris, s’entredéchirent et explosent entre eux pour des vétilles. Jusqu’ici, tout semble aller normalement; mais pourrait arriver le jour où la démolition des nerfs des personnels se répercutera irrémédiablement sur la bonne marche des services et, surtout, la qualité des services. Ce jour-là, on aimerait être là pour voir comment tournerait le S.B.

Oui, mais jusque-là, nous ne savions pas encore que bientôt nous connaîtrions le même sort à notre tour. Décidément, c’est une Administration qui écrase tout le monde sur son chemin, pêle-mêle.

Vendredi 2 septembre. Nous arrivons au S.B. vers le coup de 12 h 20 à peu près. Nous payons la totalité de notre séjour (4 nuitées). Puis, nous déclarons à la réception notre souhait d’obtenir un petit entretien avec le DG de l’établissement, en précisant que «cela ne prendrait guère plus de 10 minutes». Nous laissons à cet effet une carte où sont déclinées nos coordonnées et notre qualité.

Samedi 3, le réceptionniste nous confirme avoir transmis et le message et la carte, en ajoutant que «puisque la direction générale ne travaille pas le week-end, ce serait probablement possible le lundi matin».

Lundi 5. Il est 8 h 45. Nous nous présentons au bureau de la secrétaire du DG. Mais elle n’est pas là. Nous revenons à 9 heures exactes. Elle n’est toujours pas là. Nous revenons à 9 h 15. Elle est là. Nous nous présentons à elle: « Bonjour, Madame. C’est bien vous la secrétaire de Si Chokri Kraïni?». Elle rectifie sur un ton qui annonce un début de colère matinale: «On dit ‘‘Assistante’’, pas secrétaire». Nous nous excusons pour cette lèse-majesté indigeste de notre part. Et nous reformulons notre demande. Alors, elle nous dit: «Si Chokri est en congé, je ne sais pas ce que je peux faire pour toi…». Echec cuisant: des bribes de conversation filtrent à travers la porte capitonnée. Alors, elle cache sa nervosité sous un sourire encore plus pâle que celui du personnel ouvrier: «Bon, je vais voir avec lui…». Au bout de trois petites minutes, elle revient nous dire: «C’est bon, il va te recevoir, mais pas tout de suite. C’est un début de semaine, et il doit voir d’abord dans ses dossiers. Mais il va t’appeler dans quelques moments». Nous remercions et sortons.

Nous revenons à la charge vers 10 h 30. Le ton, cette fois-ci, tourne au vinaigre: «Mais puisque je t’ai dit qu’il va t’appeler. C’est tout. T’as qu’à attendre qu’il t’appelle!». Nous nous excusons une seconde fois.

A 11 h 30, nous allons supplier le chef de la réception (un certain Si Béchir) de faire quelque chose; il nous dit: «Tu vois ces deux Messieurs, c’est le DG et le directeur financier, Si Mohamed El Fessi. Débrouille-toi tout seul».

Le DG étant en conversation avec deux touristes, nous nous armons d’un peu de courage et approchons le directeur financier. Nous n’avons pas formulé la totalité d’une phrase qu’il éclate: «Nous n’avons pas été avertis de ta présence; ton journal n’a pas pris rendez-vous avec la direction générale, par conséquent nous n’avons rien à te dire; et de toute façon, je ne suis pas l’assistante de Si Chokri pour que j’intervienne en ta faveur!!». (En ma faveur! On croit rêver…). Et il s’en va de son côté, et nous, du nôtre. Lui, en maugréant entre ses dents; nous, avec le sentiment magique de l’avoir échappé belle. Avec tout le tact et toute la finesse dont il s’était montré capable, il aurait pu nous tabasser.

Clarifions les choses.

Il est vrai que la direction de mon journal n’a pas téléphoné pour solliciter une interview. C’est parce que l’expérience a toujours prouvé que:

1) dépêché dans des endroits hors Tunis pour visite ou séjour plus ou moins prolongé, après un rendez-vous dûment accordé, le journaliste est généralement reçu avec de faux égards pompeux et fort bien étudiés à l’avance et avec la nette intention d’influencer son article dans le sens du poil;

2) le discours soigneusement pré-élaboré de la personne interviewée est, du coup, diamétralement (ou partiellement) faux, se limitant à ne fournir que des infos allant dans le sens unique du bien de l’entreprise;

3) il est strictement interdit aux journalistes de WMC d’accepter le moindre petit café de la part de qui que ce soit. La direction du journal prend tout en charge (Tout!) pourvu que le journaliste enquête librement, sans la moindre contrainte, sans la moindre influence, sans la moindre intimidation de quelque nature qu’elle soit. L’objectif, évidemment, étant de fournir une vraie enquête de terrain et en faisant la part des choses, quoi qu’il arrive; il y va de la déontologie et de l’éthique de la profession;

4) contrairement à tous les journaux du pays, WMC n’a aucun complexe à citer le nom des entreprises visitées, sans jamais s’y attendre fût-ce à un dinar de publicité. En tout cas, il est interdit –sous peine d’un conseil de discipline– aux journalistes de WMC de se ‘‘mouiller’’ dans des opérations publicitaires, cela entache l’intégrité du journaliste et rend parfaitement interlope son travail.

Mais de là à réserver une verte mercuriale au journaliste venu poser quatre petites questions des plus ordinaires, c’est franchement surréaliste. Une première du genre signée Sahara Beach.

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