On ne peut pas lui reprocher de ne pas avoir la maîtrise du show. C’est ce que fût, la présentation de son programme électoral qui préconise pour la Tunisie un modèle de développement national qui conjugue les dimensions sociales, économiques, culturelle et environnementales. Le modèle politique sera parlementaire rappelant ainsi le fameux verset 38 dans la sourate « Al Shoura » « wa amrouhom shoura baynahom » (Et leurs affaires doivent être débattues entre eux) et promettant la concrétisation de toutes les promesses en prenant à témoin un autre verset d’ «Al Isra » : Wa ahfou bil ahdi, inna al ahda kana mass’oulan » (Tenez vos promesses, il y va de votre sens de la responsabilité »).

La couleur est donc annoncée, un modèle économique se ressourçant dans la culture arabo-musulmane, ancré dans le modernisme d’après le point 8 et mettant l’Homme au centre de toute action de développement (points 6 et 7).

Egalité, développement et qualité de vie

C’est là le titre du programme économique nahdhaoui. Les grands mots de l’économie tunisienne sont l’incapacité du modèle économique suivi à ce jour à résoudre les problèmes du chômage et des déséquilibres régionaux, l’absence de bonne gouvernance et la généralisation de la corruption, la perte de confiance des investisseurs aux échelles nationales et internationales et les pressions subies par le budget de l’Etat à cause de l’accroissement des dépenses.

Le parti Ennahdha compte y remédier en réalisant la justice sociale et en luttant contre la pauvreté et l’exclusion en accordant plus de considération à la classe moyenne paupérisée depuis des décennies. Il compte également rééquilibrer les régions en les dotant des infrastructures nécessaires et des logistiques qui leur permettraient d’attirer plus d’investisseurs. La sécurité alimentaire n’a pas été négligée grâce au renforcement du secteur agricole tout comme un clin d’œil a été adressé à la préservation des équilibres financiers internes et externes par la rationalisation des dépenses publiques et la diversification des sources de financements.

C’est à travers un marché maghrébin commun qu’Ennahdha compte offrir aux opérateurs privés un plus grand espace dans lequel ils se déploieront et se compléteront. Les partenaires européens garderont toujours leur place dans la politique économique de la Tunisie qui tient à sa position de partenaire privilégié.

Ceci pour ce qui est des partenaires classiques mais sinon Ennahdha compte ouvrir le marché tunisien sur tous les pays du monde comme le Canada, les USA ainsi que les pays arabes et asiatiques l’Amérique latine sans oublier l’Afrique, avec laquelle la Tunisie doit pouvoir entretenir des relations plus approfondies et spécialement au niveau de l’exportation, les métiers de l’enseignement, de la santé, de la technologie et des infrastructures.

Plus d’intégration économique à l’international, c’est donc ce que propose « Ennahdha », ce qui est plutôt un facteur rassurant pour les opérateurs privés qui ne peuvent évoluer dans un espace fermé et conforte la Tunisie dans ses choix d’ouverture économique qui ne sont pas nouveaux.

590 000 postes d’emplois à pourvoir entre 2012 et 2016

C’est l’un des objectifs de la politique économique nahdhaoui, ce qui réduira le chômage à l’horizon 2016 à 8,5% et exigera un rythme de croissance annuel de l’ordre de 7% jusqu’à atteindre les 8% en 2016.

Le revenu individuel moyen atteindra pour sa part les 10 000 D en 2016 sachant qu’en 2011, il ne dépassera pas les 6 300 D.

Répondant aux soucis de l’entrepreneuriat, Ennahdha considère la productivité comme l’un des points les plus importants auxquels elle va s’attaquer, vu l’importance qu’elle revêt dans le renforcement de la compétitivité de l’économie tunisienne.

Pour réaliser les objectifs de croissance, il est impératif selon Ennahdha d’encourager les investissements pour qu’ils atteignent le montant de 139 000 MD dans les 5 prochaines années soit 31% du PNB en 2016.

Pour la réalisation du programme économique nahdhaoui, les besoins en financements ont été évalués à 163 300 MD pour la période allant de 2012 à 2016. L’épargne nationale y participe à hauteur de 67% ainsi que les financements extérieurs avec des taux d’intérêt ne dépassant pas les 6%.

Ennahdha ne manquera pas d’intervenir dans le volet fiscal où le parti promet d’œuvrer à baisser les taux d’imposition pour ceux qui ont de faibles revenus, réviser régulièrement les calendriers fiscaux, réviser les listes des produits importés et soumises à une avance de l’ordre de 10% au titre d’impôt sur le revenu et la réduire.

Les incitations fiscales seraient également révisées pour qu’elles se limitent à des cadres économiques ou sociaux suivant le modèle contractuel. Ennahdha militera également pour que la fiscalité s'adapte, également, aux spécificités de la finance islamique et des petits crédits.

Dans l’ensemble, le programme économique du parti Ennahdha n’est pas très différents d’autres programmes proposés par d’autres partis. Il se base sur l’emploi, le soutien des classes défavorisées, le soutien entreprises, une économie libérale qui n’est pas contradictoire avec les valeurs de l’islam avec l’homme au centre du développement.

Il rejoint le principe défendu depuis des siècles par les dirigeants musulmans ou « islamistes » à savoir créer un cadre d’organisation sociale et économique qui réconcilie les motivations personnelles (le droit de propriété et le développement de l’entrepreneuriat) et les intérêts généraux de la société humaine telle que conçus par l’islam.