Faut-il alors transformer ce «théâtre» en un gigantesque café pour forcer le destin en faveur de ces spectacles musicaux concoctés dans le cadre de «Layali El Abdellia» par un comité d’organisation plus présent que jamais? Sincèrement cela ferait désordre.

Certains soirs, El Abdellia se remplit tout doucement. C’était le cas à l’ouverture par Sonia Mbarek et aussi pour la soirée de Hassen Dahmani.
Le chanteur prend sa place petit à petit parmi les artistes les plus talentueux. Ce n’est pas par hasard, car il jouit d’une voix puissante, profonde et d’une sensibilité communicative. En outre, sa grande capacité respiratoire lui permet d’allonger ses  maouels, souvent à connotation libanaise, fan qu’il est de son maître Wadii Essafi, mais aussi de son ami de toujours, Lotfi Bouchnaq qu’il a qualifié ce soir-là de «géant de la chanson arabe».
C’est justement à ce dernier et à Adem Fathi que Hassen Dahmani doit sa plus belle chanson : Winek ya hobbi leqdim,  avec laquelle il a entamé son spectacle. Il enchaîne avec  Ana wallah ma nessit  dans un style un peu khaliji, composée par Abderrahmen Ayadi.
Subitement, quittant trop tôt son répertoire personnel, il emprunte à Jamoussi sa chanson  Rihet lebled, avant de s’engager comme il aime le faire dans un cocktail charqi,  Ala allah taoud, de Wadii Essafi (il est bon de savoir que c’est Farid Latrache qui l’avait composée!),  Chakli thani hobbak inta  de Najet Essaghira,  Chououri nahietek  de Warda,  Awqati btihlaw  de Mayada.
Mohamed Abdelwahab n’est pas absent (il est même très présent partout dans ces soirées ramadanesques!!), puisque Hassen chante  La takdhibi,  avant de se rappeler au bon  souvenir de Abdelhalim Hafedh avec  Qolli haja!  Il termine cette série orientale par  Khayef touyour el hob tohjor ochaha,  en faisant un clin d’œil malicieux à la salle :  Khayef touyour  el fann tohjor ochaha,  faisant allusion bien entendu à l’émigration des artistes tunisiens vers d’autres cieux.
Notre point de vue personnel sur cet artiste plein de talent et de sensibilité est clair  : nous pensons qu’il est capable d’aller très loin dans la qualité du chant, dans  le tarab. Il est très bon dans le charqi de par son choix de suivre les pas du grand maître Wadii.
Quant à ses chansons tunisiennes récentes, elles versent plus dans le populaire comme le prouvent ses trois dernières chansons :  Yalli fik dmoua ibki maya!,  El Ghorba  et  Dillouni aliha. Hassen a investi tous ses moyens matériels pour avoir un répertoire. Nous respectons ses choix. Mais un tel artiste mérite d’aller vers des horizons plus intéressants au niveau du tarab avec des chansons à texte plus élaborées et des compositions dignes de ses qualités vocales.

Ali OUERTANI

Source: La Presse