La pièce était télévisée et Adel Imam devait prononcer une seule phase Maaya el assalïa, bi mellime el oukaïa (j’ai du miel, l’once est  à un millime) avant de disparaître dans la cohue.
Le théâtre télévisé avait alors grand besoin de nouvelles figures. Le comédien Salah Essaâdani, son collègue à la troupe de théâtre de la faculté d’agronomie, l’encouragea à présenter ensemble une demande d’admission. Le jury était composé de Mohamed Tawfik, Mohamed Essabaâ et Abdelmoneem Madbouli.
Essaâdani a réussi son test, alors que Adel Imam a échoué parce qu’il a préféré jouer un rôle tragique dans la pièce Thawratou al mawta (La révolte des morts). Il provoqua même l’hilarité des membres du jury dans un rôle invitant plutôt au sérieux et au drame.
Mohamed Tawfik, membre du jury, lui conseilla d’ailleurs sur le coup de se spécialiser plutôt dans la comédie où il avait plus de chances de percer.

Quand le hasard fait bien les choses !

Alors qu’il était encore étudiant à la fac d’agronomie et qu’il n’avait que 23 ans, Adel Imam renoue un peu par hasard avec le théâtre pour y incarner le rôle de Doussouki Effendi, l’assistant d’un avocat. La pièce était intitulée Ana, ou houwa ou hia (Moi, lui et elle), réalisée par le grand comédien Abdelmoneem Madbouli, interprétée par Foued El Mouhandiss et Chouikar dans les principaux rôles. C’etait la première occasion où le grand acteur a attiré l’attention de la critique qui lui réserve une ovation unanime,saluant la naissance d’un nouveau talent de la comédie.  Son engagement était arrivé par hasard. On effectuait les répétitions de cette pièce, la seconde après Essikriter el fenni (Le secrétaire artistique) où se rencontraient Foued El Mouhandiss et Chouikar, lorsqu’il était assis devant la porte du théâtre, n’ayant pas de rôle dans cette pièce, la directrice de la salle Feïza Abdessalem vint lui demander  s’il était réellement intéressé par un rôle dans cette pièce. Seulement, à la présentation de l’acteur, jadis étudiant en agronomie, l’auteur de l’adaptation de l’œuvre, Samir Khafaji,et l’actrice Chouikar ont émis des réserves sur ce gars dont on n’était pas certain qu’il puisse faire rire les spectateurs. Mais à la demande d’Al Mouhandiss, qui a rappelé l’avoir connu au théâtre universitaire un jury est mis sur pied. Il arrive à la conclusion que «le jeune comédien est en fait très amusant»
Après son succès dans ce premier travail, Adel Imam jouera un autre second rôle dans Halet hobb (En état de passion), réalisé et joué par Foued Al Mouhandiss, à côté de Chouikar et Abdelmoneem Madbouli. Puis Gharamiet afifi (Les amours d’Afifi) et Al pyjama el hamra (le pyjama rouge) réalisés par Abdelmoneem Madbouli. Il continue d’y jouer des seconds rôles, et rien que cela. Malgré son franc succès au théâtre, Adel n’y tiendra les rôles principaux que dans trois pièces : Madrassatou al mouchaghibine (l’école des turbulents) réalisée par Jalel Charkaoui, Chahed ma chafch haga! (un témoin qui n’a rien vu), réalisée par Hani moutawar et El Wad sayed échaghal (le gars maître de l’ouvrier) réalisée par Houcine Kamel. Et c’est, donc, par le biais de son succès au théâtre qu’il fait son entrée au cinéma.

Des seconds rôles très réussis

Le réalisateur Fatin Abdelwaheb le présente ainsi au producteur Ramsès Néguib qui allait sortir plusieurs films de comédie. Il lui confie ainsi plusieurs seconds rôles.
Son premier film est Karamatou zawjati d’après l’œuvre d’Ihsan Abdelkoudouss, réalisé, donc, par Fatin Abdelwaheb avec Chadia et Salah Dhulfikar dans les principaux rôles. Ce film est projeté pour la première fois le 18 septembre 1967.
Puis vient «Afrah» (joies), avec Najla Fethi et Hassen Youssef, réalisé par Ahmed Badrakhane et qui sera projeté la première fois le 8 janvier 1968.
Suivent Hikayet thalath banet (l’histoire de trois jeunes filles), réalisé par Mahmoud Dhulfikar,  Sabaât ayem fil janna (sept jours au paradis), réalisé par Fatin Abdelwaheb; Afrit mrati (le démon de ma femme) réalisé par Fatin Abdelwaheb, Kaïfa tasrikou millionnère (comment voler un millionnaire) de Mejdi Hafedh; Ennass elli jouh (les gens venus) de Jallel Charkaoui; Mérati moudir am (ma femme est directeur général), etc.

Un long chemin effectué

Que de chemin parcouru depuis sa fugace apparition en tant que simple figurant pour une petite minute dans Thawratou Khanyatin réalisé par Hussein Kamel.
Dans plusieurs films, Adel Imam incarne le rôle de l’avocat Khalli balek men jiranek (prends garde de tes voisins), Al baâdhou yadhhabou ilal maâdhoun maratéini (certains vont au notaire deux fois) et l’avoucatou. Dans ce dernier long métrage, il révèle l’autre face de l’avocat, celle d’un truand amené à comparaître devant la justice.
Les rôles qu’il incarne sont tout à fait secondaires. Comme par exemple celui de l’ami ou du «soutien» des stars qu’étaient à l’écran Hassen Youssef, Salah Dhulfikar, Férid Chawky et Ahmed Madhar.
Il ne brille qu’en jouant le journaliste aventurier et intrépide dans Sabât ayam fil janna (sept jours au paradis) ou encore le pickpocket dans Kéïfa tasrikou millionnaire (comment voler un millionnaire).
Pourtant, s’il n’est que le copain d’Ahmed Madhar dans Loussous lakin dhourafa (voleurs, mais sympathiques), son aura brille et son talent scintille dans ce film. Puis, il se fera aimer des gens en incarnant le rôle de l’acteur assurant les doublures, mais dont le pain quotidien est de recevoir les claques et les coups de poing adressés en principe à l’acteur, et pas à sa doublure.

Des reconversions
réussies

Grand tournant dans la deuxième partie de sa carrière. Adel Imam passe de l’acteur cherchant à amuser la galerie, comme on dit, et arracher par ses gags et drôleries le sourire du spectateur, à celui pris dans le feu de la comédie engagée. Celle dont la finalité reste de corriger les extravagances de la société. Un chiffre qui en dit long sur son succès ravageur au théâtre bien avant de passer au cinéma : la pièce théâtrale Chahed ma chafech haga (Un témoin qui n’a rien vu) a été présentée huit années de suite, attirant une affluence cumulée de près de quatre millions de spectateurs !
Par ailleurs, le film Chaâbane taht essifr (Chaâbane au-dessous de zéro) rapportera la bagatelle d’un million de livres.
Adel Imam incarne le rôle d’une femme se transformant en homme, et vice-versa, dans trois longs métrages Chayoun min el hob (Un peu d’amour), El koul aïez ihib (Tout le monde veut aimer) et Adhkia lakin aghbia (Intelligents mais naïfs).
Dans le film Al Bahth anil mataéb (La recherche des peines), il sera coiffeur reconverti en journaliste.
Dans Al Moutassaouil (Le mendiant), il sera mendiant reconverti en indicateur et agent de renseignements. Enfin, ses transformations et reconversions sont fulgurantes en fonction des films auxquels il participe. Dans Hob fil zenzana (Un amour dans la cellule) et  Al Ghoul  (L’ogre), Adel Imam n’hésite pas à tuer pour assurer ce qu’il croit être une certaine justice.
A partir de  Al Mahfadha maâya  (Le portefeuille avec moi), il aborde la critique sociale et politique.

Les tabous et les interdits volent en éclats

D’ailleurs, tel un couvercle sur le feu, la création artistique en Egypte allait exploser et faire rejaillir à la surface toute la colère et les ressentiments après la défaite de la guerre des six jours en 1967 : censure, corruption, exploitation des postes politiques pour s’enrichir facilement, une jeunesse sans idéal et sans avenir, révolte estudiante contre la dictature… suivront ainsi les films  Oumahatime fil menfa, où Adel Imam joue le rôle de Hassouna, le douanier honnête qui va plonger dans la délinquance, Wahda bi wahda, avec le personnage du démarcheur publicitaire dans notre société de consommation, lequel finira par tomber amoureux d’une collègue lui faisant de la concurrence.
Il y a eu aussi  Khamsa bab  où Adel Imam est «Mansour», le militaire posté à la cité des prostituées, et Al  machbouh dans le rôle d’un voleur amoureux de Souad Hosny.
Bref, l’œuvre de notre acteur a permis à la société égyptienne de se libérer du carcan, du convenu et du «Politiquement correct».
Et c’est cette ondée de défoulement qui a valu à Adel Imam ses lettres de noblesse comme le plus grand trublion du cinéma égyptien.
Tahar MELLIGI

Source: La Presse