A ce propos, les Tunisiens cultivent-ils le goût des plantes?

Oui, surtout par le passé, répond un fleuriste dont le nom de famille s’est associé au monde végétal, à celui des arômes et des fleurs : Si Abdelghaffar Hadj Sadok.

«Il y a dix ans, se rappelle-t-il, nostalgique, les Tunisiens n’hésitaient pas à s’acquérir de la végétation naturelle et décorative. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, je crois que la vie est devenue tellement difficile que l’on se limite à l’essentiel…»

Malgré ces affirmations avancées par un professionnel dont l’expérience ne fait pas de doute, on a du mal à mettre ce désintéressement de la «chose» verte uniquement sur le compte de la difficulté de la vie. Après tout, un caoutchouc coûte 3 DT, une fougère 8DT, les plantes locales en petit format en moyenne entre 3 et 10 DT, pot compris.

Maintenant, il est vrai que pour un bonsaï expédié tout droit du pays du Soleil Levant, il faudra débourser pas moins de 90DT pour se le procurer…Eh oui, l’exotique a son prix.

Sinon, et en des jours heureux, se permettre pareil extra (local) risquerait peu de mettre en péril l’équilibre budgétaire du foyer. Encore faut-il, donc, que l’envie existe.

 

L’art de la déco

 

En matière de décoration intérieure, tout semble prouver que les Tunisiens aiment agrémenter leurs maisons. Et ce, quel que soit le niveau social évoqué : des tapis persans, lustres en cristal et tableaux de maîtres (tunisiens), aux bibelots dégoulinant de verreries, fleurs en plastique, bougies en rondeur et photos portraits couvrant les murs, les compatriotes se livrent allégrement à l’art de la déco, chacun selon ses moyens.

Or, à l’intérieur de ce paysage d’objets précieux, de toute beauté ou d’esthétique douteuse, le design au naturel et en vert a rarement sa place. Un état de fait qui fait réfléchir les uns et les autres qui évoquent, pour se justifier, les corvées de l’entretien.

«Une végétation d’intérieur ne demande pas de soins particuliers», rétorque le spécialiste. «En la plaçant bien en vue par rapport à la lumière, la plante aura juste besoin d’être arrosée une fois par semaine». Il serait utile, ajoute-t-il, «d’enrichir la couche supérieure de la terre de terreau (engrais), tous les deux mois, c’est tout».

Des arguments compétitifs jouant en faveur du végétal, sauf que l’enthousiasme public ne semble pas suivre. Il suffirait, pour s’en convaincre, de faire un tour au grand temple des plantes, la pépinière de La Soukra : absolument déserte, constat sans appel. Alors même que les centres commerciaux dans les deux directions fourmillent de gens. Ainsi, ni sur le chemin de l’aller ni du retour, l’idée n’effleure quelques-uns d’aller faire un tour dans la verte pépinière et voir autre chose que les produits de consommation immédiate.

«C’est plutôt la culture qui fait défaut», argumente encore si Hadj Sadok. «A l’étranger, il est rare de voir quelqu’un rentrer du marché sans porter un bouquet de fleurs ou une plante à la main, il faut reconnaître qu’on est bien loin de cet usage».

In fine, à chacun ses goûts, ses couleurs et ses préférences décoratives. Il reste que, à côté des bibelots et autres cadres, de toute façon, figés, pourquoi ne pas faire honneur à la nature, d’autant plus que la vertu pédagogique d’une plante à la maison n’est plus à démontrer.

Au-delà de toute visée décorative, apprendre à un enfant comment s’occuper d’une plante, c’est développer méthodiquement chez lui l’amour de la nature et, à terme, le respect de l’environnement. Grand concept à la mode et fort utile, du reste, que les éducateurs peinent à inculquer aux nouvelles générations, moyennant «Labib» et compagnie....

 

Hella LAHBIB

Source: La Presse