Cette espèce était encore assez nombreuse en 1936 dans toute la dorsale tunisienne, de la frontière algérienne jusqu’au Jebel Boukornine. La chasse abusive et les guerres (Seconde Guerre mondiale, guerre de libération de l’Algérie) ont pratiquement exterminé cette gazelle en Afrique du Nord. En 1955, trois têtes seulement vivaient au Chaâmbi. La création de zones protégées dans la région (parc national de Chaâmbi, réserves naturelles de Thala et Khchem El Kelb) a permis la restauration progressive de l’effectif de cette gazelle à partir des quelques individus qui ont été miraculeusement épargnés pendant les années soixante. Ce mammifère est inscrit sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
La réserve de Kchem El Kelb est accessible par la route goudronnée Kasserine-Gafsa puis à droite vers Khchem El Kelb, 5 km avant Thelepete. Le massif est situé entre Dachret Sidi Salah au nord et Thelepete au sud.
La station météorologique de Kasserine voisine de Jebel Khchem El Kelb enregistre une pluviométrie annuelle moyenne de 335 mm. Au niveau de Jebel Khchem El Kelb, la moyenne pluviométrique est certainement supérieure à cette valeur du fait du gradient altitudinal (de 1.000 à 1.303 m). En ce qui concerne la température, la moyenne des minima est de 2°C et celle des maxima est de 30°C.
Le jebel renferme différents groupements végétaux qui varient avec l’altitude. Cela part d’une végétation relique à chêne vert du sommet jusqu’à la steppe d’alfa au piémont. Mais les groupements du pin d’Alep sont les plus représentés.
Le pin d’Alep est accompagné par du genévrier de Phénicie, de cistés de globulaire et de romarin. En s’approchant du sommet, le genévrier de Phénécie cède la place au genévrier oxycèdre.
Au piémont, on peut rencontrer l’armoise blanche, l’astragale et même des pistachiers de l’Atlas (pistacia atlantica).
La faune sauvage a largement bénéficié de la création de la réserve. Les espèces qui peuvent être rencontrées dans et autour de la réserve sont particulièrement des mammifères tels que le mouflon à manchettes, l’hyène rayée, le sanglier, le chacal, le chat ganté, le renard, le lièvre, le hérisson, le porc-épic, le goundi, des oiseaux tels que l’aigle royal, l’aigle botté, la buse féroce, le faucon pèlerin, le faucon crécerelle, le circaète Jean-le-blanc, la perdrix gambra, la tourterelle des bois, le guépier d’Europe…
Il existe également des reptiles comme la couleuvre de Montpellier et des amphibiens tels que le crapaud de Mauritanie.
Le timbre-poste qui illustre notre article représente la gazelle de montagne. Il a été dessiné par l’artiste Hatem El Mekki.
La gazelle de montagne est la plus grande gazelle de Tunisie. Elle jouit d’un odorat et d’une ouïe très développés. Surprise, elle siffle à travers le nez avant de s’enfuir. Elle vit isolée, en couple ou en groupes de 3 à 20 individus. On la rencontre dans les steppes forestières de pins d’Alep, de genévriers, de romarin  et d’alfa. Elle préfère les terrains accidentés des piémonts et collines. En hiver et durant les nuits fraîches, les gazelles se réfugient dans les vallées et vallons des montagnes et des collines. Leurs activités commencent tôt le matin et c’est sur les versants sud ensoleillés qu’elles se réchauffent. En été, leur activité est surtout nocturne et, par les journées chaudes, elles se déplacent vers les hauteurs pour se coucher.
La nourriture de la gazelle de montagne se compose de jeunes pousses d’alfa, d’autres graminés et de jeunes feuilles de légumineuse, ainsi que des glands de chêne vert. Elle a besoin de s’abreuver et fréquente les sources. En été, quand l’eau devient rare, elle se contente des plantes grassulantes et des cactus inermes de la région qui lui fournissent l’eau nécessaire.
Moncef BEN SALEM

Source: La Presse