Et si l’on ajoute à tout cela les veillées…




Alors, été pour été, pourquoi ne pas parfaire l’ambiance avec un bon polar? Sous son parasol redéployé, étendu sur un transat ou allongé sur le sable, on peut siroter un roman policier comme un rafraîchissement bienfaisant. Et, justement, il vient tout juste d’en sortir un qui est une vraie délectation. Et, bien que le noir se taille une belle portion de sa couverture, il ne s’agit pas de la «Série noire», ni du masque, ni d’une quelconque autre collection étrangère. Non, il s’agit d’une maison d’édition — Apolonia — bien de chez nous qui sort ce deuxième polar signé Abdelaziz Belkhodja. Vous avez dressé l’oreille: Abdelaziz Belkhodja? Oui, c’est bien lui.

Vous le connaissez pour avoir lu, début des années 90, son premier essai : Les cendres de Carthage. Et pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître, pour ne pas sortir une platitude. La couverture associait le nom de notre métropole antique à l’aigle américain. Similitude de destinée de deux «superpuissances» aux  extrémités de l’histoire. Vous n’y êtes pas du tout. Il s’agissait, tout bonnement, de la supériorité de l’intelligence tunisienne dans son combat contre l’arrogance et la cupidité (c’est pour faire bref). Si nous avions été gaulois, j’aurais dit: c’est un cocorico! Mais superbement exécuté : sitôt vous avez mordu à l’hameçon, vous n’avez plus envie de le lâcher jusqu’à la dernière ligne.
Et il récidive, le jeune — mais néanmoins mûri — auteur. Histoire de couverture toujours : celle-ci associe le nom de la grande divinité carthaginoise à des symboles nazis. De quoi s’agit-il? Devinette.
La trame est la même: une énigme historique qui enclenche une course-poursuite mettant en action personnages atypiques, organisations clandestines et même services secrets, avec des allées et retours dans la vie des individus et dans le déroulement des faits.
Au plan stylistique, le procédé est presque identique à celui du premier roman à ces différences près:
- l’action est beaucoup plus scénarisée, avec des séquences et des plans très brefs;
- le discours est beaucoup plus «réfléchi», c’est-à-dire comme renvoyé par le miroir de l’expérience (des individus et de la société).
Cela nous vaut une lecture palpitante, haletante, allais-je dire, mais aussi des «suspensions» qui nous plongent dans la méditation.
Et la devinette?

Tahar AYACHI

Source: La Presse