Il fournit, en effet, 25 % de la production nationale pour une superficie de  2.100 hectares.
Une visite à la région, organisée par l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap), a été nécessaire pour identifier les préoccupations des agriculteurs pour une saison assez bonne. De nombreux intervenants dans la filière de la pomme de terre ont accompagné M. Mabrouk Bahri, président de l’Utap dans cette tournée.
Il est 8 heures, le minibus s’arrête dans la parcelle de M. Hechmi  Rtimi, un petit agriculteur de pomme de terre à Ghar El Melh. Pour cette saison, il a cultivé la variété "Mondiale" sur 1,5 ha de terres irriguées. "Les conditions climatiques ont favorisé la production de grandes quantités de pomme de terre saisonnière. Ainsi, nous ne parlons plus de problèmes de manque de production, mais  essentiellement de problématiques de vente et de stockage de la récolte. Actuellement, il y a un risque que le coût de la production dépasse les recettes de vente. Un hectare cultivé en pomme de terre coûte 3 mille dinars dans la mesure où les prix d’achat de semences sont très élevés avec 1.500 dinars la tonne. On ajoute à ces montants, les coûts de l’eau de l’irrigation, des pesticides et la main-d’œuvre. Or, les prix d’achat proposés par les propriétaires de frigos restent au-dessous des attentes des producteurs", a précisé M. Rtimi.
La question d’une chute brutale des prix  préoccupe tous les agriculteurs. Avant le démarrage de la saison de la production, le prix d’achat du producteur a été fixé à 400 millimes le kg. Mais, actuellement ce prix ne dépasse pas les 300 millimes le kg. Cette situation nuit, énormément, aux producteurs. L’Etat a programmé le stockage de 40.000 t dont 10.000 t le seront par le Groupement interprofessionnel  des légumes (Gil) et 30.000 t dans des frigos de particuliers.
Comme de nombreuses filières de produits agricoles, la production de pomme de terre souffre des circuits de distribution et de commercialisation non contrôlés. Malgré les efforts des organismes spécifiques, des intermédiaires interviennent  et déterminent les prix d’achat et de vente de pomme de terre.  Et ce sont les agriculteurs et les consommateurs qui en subissent les conséquences. Parmi ces intervenants qui suscitent la confusion et l’inquiétude, ces derniers temps, on retrouve les personnes propriétaires de frigos.
"Les privés exercent, actuellement, une forte pression sur les agriculteurs. Ils refusent d’acheter le kilo à 400 millimes comme il était prévu dans les contrats. La récolte doit être stockée afin d’éviter le pourrissement. La solution d’un stockage primaire dans les parcelles a un caractère urgent pour les  agriculteurs. La période de ce stockage ne devrait pas dépasser les trois semaines avec une utilisation mesurée de produits dits pesticides contre la teigne", a indiqué M. Khamassi, un chercheur en culture de pomme de terre.
Le Gil ne va accepter, cette année, que 1.500 t des agriculteurs de la région. L’opération de stockage dépend, essentiellement, des privés qui détiennent les frigos. Mais, le stockage traditionnel, qui se fait par la paille dans le champ, devient une solution à court terme dans ces conditions de forte production. Les agriculteurs de pomme de terre de Bizerte connaissent très bien la méthode traditionnelle de stockage. Ils stockent, annuellement, 40 mille tonnes. En plus du stockage traditionnel, l’achat collectif d’un frigo par les petits agriculteurs peut être une solution à moyen terme. "D’autre part, il faut multiplier les actions de contrôle du circuit de l’après-production. Tous les intervenants dans la filière doivent respecter les contrats de culture. Notons que les privés qui possèdent les frigos bénéficient d’une subvention de 90 dinars par tonne de pomme de terre stockée. Côté exportation, nous sommes actuellement à 10.500 tonnes. Nous  renforçons nos efforts pour atteindre 12 mille tonnes", a indiqué M. Mustapha Ben Jmila, secrétaire général de la Fédération nationale des producteurs de pomme de terre.
Le groupe a visité, également, les parcelles de M. Hechmi Jelassi, Mohamed Belhaj, Mme Zohra Nafef. Ces agriculteurs ont soulevé la question des critères de l’acceptation de la pomme de terre par le Gil où ils se rendent presque quotidiennement pour écouler leurs produits. "Nos dépenses sont énormes. Le transporteur exige 40 millimes sur le kilo. Le personnel du Gil refuse d’accepter toute unité de pomme de terre à peine entamée, alors que l’année précédente, et vu la récolte moyenne, on nous achetait toutes les quantités", a précisé Mme Nafef.
Samira HAMROUNI

Source: La Presse